Contexte et méthodologie de l’enquête →

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1. L'IA s'ancre dans la pratique quotidienne, portée par des usages concrets


Aujourd'hui, plus de 8 enseignants sur 10 ont déjà expérimenté l'IA dans leur pratique professionnelle, c’est 11.5% de plus par rapport à 2025. Environ 1 enseignant sur 3 déclare l'utiliser activement, à la recherche de nouvelles solutions à explorer (+10,6 points par rapport à 2026), et la fréquence d'usage chez les utilisateurs réguliers reste stable (1 sur 3 au moins une fois par semaine, dont 40% quotidiennement), signe que l'évolution se joue sur l'élargissement du cercle des utilisateurs plutôt que sur l'intensification de la pratique.

Les usages restent concentrés sur la préparation et la personnalisation pédagogiques : génération de séquences (58,8%), gain de temps administratif (46,8%), création d'activités engageantes (41,7%), l’accompagnement des élèves à besoins éducatifs particulier (33,9%+, en nette hausse, +16,3 points) et l’adaptation à un niveau scolaire (34,9%). La correction/évaluation des travaux, bien que plus moins répandue (14%) est un usage en forte progression (+8,8 points). Mais ces usages passent avant tout par des modèles de langage généralistes (ChatGPT, Claude...), et non par des outils spécialisés conçus pour une tâche précise : ceux dédiés à la personnalisation des apprentissages, pourtant l'une des promesses éducatives les plus fortes de l'IA, restent ainsi marginaux en usage hebdomadaire (9,1%) — malgré la conviction affichée des enseignants et la progression des usages génériques allant dans ce sens.

2. Malgré des postures divergentes, deux terrains rassemblent l'ensemble des enseignants


Comme en 2025, trois profils d'enseignants se distinguent selon leur posture face à l'IA : les réticents et inquiets (13%), pour qui l'IA reste une source d'inquiétude plus que d'opportunité ; les pragmatiques et opportunistes (48%), qui y voient un outil utile pour gagner en efficacité ; et les convaincus et critiques (39%), pour qui l'IA est un levier pédagogique puissant à manier avec vigilance. Au-delà de ces postures contrastées, deux affirmations transversales font consensus dans les trois profils, à des niveaux certes très différents (de 20% à 93%) mais systématiquement classées parmi les mieux notées : « l'IA peut créer des supports pédagogiques personnalisés » et « l'IA devrait être intégrée à la formation des enseignants » — deux terrains qui pourraient fédérer un discours institutionnel touchant l'ensemble du corps enseignant, y compris les plus réticents. Une nuance mérite d'ailleurs d'être soulignée chez ces derniers : leur item le mieux noté n'est pas l'usage lui-même mais l'envie d'explorer de nouvelles opportunités (40,6%), à distinguer nettement de l'intention d'usage concret dans leur pratique (4,7% seulement) — une curiosité intellectuelle qui ne se traduit pas (encore) en pratique, mais qui pourrait constituer un point d'appui pour les faire progresser.

3. Face aux usages non maîtrisés de l'IA par leurs élèves, les enseignants restent unanimement démunis


Interrogés sur les usages autonomes de l'IA par leurs élèves qui leur posent actuellement problème et qu'ils ne savent pas encore bien encadrer, les enseignants rapportent la même chose qu'en 2025. Ce qui les met en difficulté reste, pour plus de 2 enseignants sur 3, le fait que leurs élèves utilisent l'IA sans le dire — un usage caché ou non déclaré (70,3%) —, qu'ils s'en servent pour faire leurs devoirs à leur place (84,2%), ou pour aller vite sans chercher à comprendre (92,1%). Ce constat vaut quel que soit le propre rapport de l'enseignant à l'IA — aucune différence significative n'est observée entre profils — et dans des proportions inchangées depuis 2025, ce qui suggère l'absence d'actions correctives efficaces mises en œuvre depuis la première édition pour aider les enseignants à mieux encadrer ces usages.

4. Les freins reculent sur le terrain pédagogique, mais se renforcent sur les enjeux éthiques et environnementaux


Cinq des douze freins recensés (classés parmi les trois principaux freins par les enseignants) évoluent significativement entre les deux éditions, dessinant une redistribution claire des priorités plutôt qu'une simple hausse ou un simple recul de la réticence globale. Les freins liés au manque d'accompagnement — cadre institutionnel (29,3% à 15,5%) et formation professionnelle (42,8% à 29,5%) — reculent nettement, suggérant une meilleure prise en charge perçue par les enseignants entre les deux éditions. La peur de détérioration de la relation pédagogique recule elle aussi fortement (-7,7 points), un signal distinct mais qui va dans le même sens : les craintes les plus directement liées au terrain professionnel s'atténuent. À l'inverse, les préoccupations liées aux externalités de l'IA progressent fortement : l'impact environnemental, déjà le frein le plus cité en première édition (44,6%), se renforce encore (60,1%) — ce n'est donc pas un frein émergent, mais une préoccupation déjà dominante qui s'intensifie, particulièrement chez les enseignants les plus distants de l'IA (profil Réticent). Le frein liée aux risques de protection des données (31,6% à 42,1%) progresse également.

Sur une échelle de préoccupation distincte, mesurant cette fois le niveau d'accord (et non un classement de priorité), un résultat échappe presque totalement au clivage entre profils : la peur que l'IA soit mal utilisée recueille l'adhésion des trois profils à des niveaux étonnamment proches et élevés (de 76,6% chez les Convaincus à 92,6% chez les Réticents) — signe que même les enseignants les plus favorables à l'IA partagent massivement cette inquiétude sur son mésusage.

5. Protection des données : une inquiétude affichée, mais qui ne guide pas les choix d'outils


Bien que la protection des données constitue un frein important — cité parmi les trois principales préoccupations par 33% à 44% des enseignants selon le profil — cette inquiétude ne se traduit pas dans les pratiques réelles. Les enseignants plébiscitent massivement ChatGPT (75,9%) et Claude (27,2%), loin devant Mistral (14,3%, stable depuis l'an dernier). Ce paradoxe se confirme sur le choix de l'abonnement payant : parmi les 26% d'utilisateurs qui en disposent, la protection des données n'est la raison principale que pour 1,5% d'entre eux — un facteur quasi anecdotique face à d'autres critères (fonctionnalités, performance). Les perceptions relatives à la confidentialité des données restent en outre proches entre abonnés et non-abonnés : la majorité des enseignants considère que les données peuvent être partagées avec des tiers, utilisées pour l’entraînement des modèles et hébergées hors de l’Union européenne, sans différence significative entre les deux groupes. Ces résultats renforcent l’idée que les préoccupations déclarées en matière de protection des données influencent peu les usages effectifs et les choix d’abonnement.